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LE CORPS
(Au nom de Plein Sens, je veux rendre hommage
au Professeur Jean Bernard qui vient de nous
quitter : poète et chercheur, il est à
l'origine de révolutions thérapeutiques
considérables, ainsi
que de l' institutionnalisation de la bioéthique.)
Bientôt I'été. La lumière
a libre cours pour jouer sur les épaules,
la chaleur pour suggérer
l'intimité moite et humide de la sueur, le
corps est là sensible, visible, on se dénude
ou on se
cache, on sculpte sa beauté ou on la passe
sous silence, on la neutralise, ou bien on la défait,
on lui en veut, on la torture. Mon corps c'est ma
liberté.
Le corps de l'autre? Ton corps ? Quand ta peau palpite,
le désir frémit en moi, le peu que
tu me
révèles de toi appelle au fantasme
du tout : ton genou rond et lisse, ta nuque si fragile
et
" spirituelle ", tes épaules si
carrées, tes doigts de fée , ta paume
solide - Tous ces petits bouts
de ton corps m' obsèdent, m'appellent vers
toi. Ton corps et mon corps, lieu de notre
rencontre


Et quand je touche ton corps et que je m'empare
gourmande, amoureuse de ma complétude que
je vois briller chez toi , promesse de tous les
bonheurs, est-ce toi que je touche ou bien est-ce
l'objet manquant de mon corps? Délicieux
et insupportable constat, ces corps à corps..
emmêlés
qui se cherchent avidement, impérieusement.
Puisse le corps de l'autre me donner à sentir
ce
que j'ai oublié, à oublier ce que
je ne veux pas sentir Si le rendez-vous est manqué,
mon corps
devient ma servitude, mon esclavage.
Et quand les mots ne se font plus entendre pour
récla1ner justice et raison, qu'ils ne sont
plus
qu'instruments de mensonge et de trahison, et quand
l'humanité a perdu son statut d'humanité
libre et responsable, quand l'homme n'est plus devenu
pour l'homme que tortionnaire, qu'il
s'empare du pouvoir pour éliminer son frère
réduit à la fonction de corps-objet
utilisable ,
consommable, réductible jusqu'à la
plus vile, la plus tortionnaire, la plus inique
des manipulations
comme ce fut le cas lors de l'explosion du nazisme,
comme c'est le cas dans tout holocauste, le
corps devient alors dans le silence le plus honteux
corps souffrant.
Et c'est alors que le poète se lève
dénonçant l'erreur et l'horreur, Victor
Hugo dans " Les Caves
de Lille " s'indigne des conditions affreuses
dans lesquelles survit le prolétariat en
1850,
Nezim Hikmet, poète turc, prend position
contre la torture, Pablo Néruda prend le
parti de
dénoncer sans relâche la tyrannie plutôt
que d'assister muet à la perpétration
des crimes de
Pinochet. Le Poète solidaire dénonce
les crimes de l'oppresseur. Engagé corps
et âme, il les
combat avec ses armes : les mots
Colette Sauvanet

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