VOYAGE
Dans le ventre de nos mères
Ville-montagne, champ-devenir... Etre ailleurs
pour mieux retenir l'instant qui se refuse dans
sa plénitude. Contre la rambarde des jours,
l'existence file, le temps nous vole et l'homme
n'aperçoit qu'un mur. Progresser dans ses
rêves avant que eux aussi se dérobent.
Voyage-naufrage, voyage-nuage aux fontaines de
l'inconscient. Déraisonner encore... Le
voyage n'est pas seulement le plus triste de tous
les plaisirs ou l'action dérisoire d'aller
d'un point à l'autre des grilles de sa
cage. Et puis la chouette sur sa barre s'en contente
bien, le balancier, le métronome aussi.
Si seulement K n'était pas passé
par là et quelques autres. Psy, psy...
psychose, métempsycose, drôles de
voyages!
Oui, mais le poète a beau vouloir lancer
des guirlandes tel un prince aux voyages sans
élan, voilà des arabesques d'encéphale,
des voyages de cortex autour d'une chambre toile
d'araignée, le monde , rien que le monde
Se draper alors dans les hautes aventures, celles
qu'on avoue à l'âge mûr, voyage-mirage,on
y trouve jamais que soi au bout.
Oui, la pluie peut pleurer sur le carreau . Marco
Polo s'est éteint au jardin d'Essai, l'oiseau
de Paradis bat des ailes pour le cap de Bonne
Espérance... Hirondelles, hirondelles bien
trop naïves
Tel, voyage comme l'assiette blanche. L'astéroïde
invisible s'amuse à convoler avec le bol
noir, l'anneau de Saturne, Voyage pour le pays
où l'on n'arrive jamais. Pourtant les grands
bateaux s'en vont sur la mer océane, nous
dit un beau poète d'ici quelques pages.
Les grands enfants les écoutent aussi.
Il faut bien se raconter Monsieur Perrichon ou
des histoires de cocottes en papier pour aimer
encore le voyage ou faire semblant d'y croire.
Le lierre rouge n'a jamais que le mur pour ses
excursions, la capucine que son tuteur, et homme
alors ?
Il fait beau, j'aime les world tour clean, conditionnés,
bagages anglais, gazon euro. Clean, le voyage
quand la conscience tonne des intestins du monde?
Oui, le Liban
- Alors, plus loin, c'est encore trop près,
bonjour réalité Les lianes dénouées
du poète dérivent et se perdent
dans l'océan noir tarentule. Le serpent
minute fait son office suçant le lait bleu
de la princesse assassine. Vision-errance, conte
d'une mille deuxième nuit. Voyage en enfer
?
Vie, laisse-moi à mon voyage-dérive
et boire encore, chaloupe interlope, au corps
du marin, sourd diamant du port.
Vie, ta rivière-sautoir est tombée
dans le caniveau et se précipite dans la
bouche d'égout d'une planète poubelle.
Finie, l'illusion, la beauté, n'est même
plus convulsive. Re-bonjour réalité,
tu ne nous fais voyager qu'avec des hauts-le-coeur!
Des statues de sel tombées du ciel brûlent
sur le pavé du quotidien, de Roumanie ou
d'ailleurs. Sur les trottoirs, les filles vendues
crament, étrange voyage...
Amour-confus, la marguerite est effeuillée,
la prairie des prouesses, dégorgeoir d'automates
du sexe est rase comme la steppe. Ce voyage-là
non plus, adieu Platon .
Dans la forge maudite de Vulcain module la petite
fugue sous le marteau. L'enclume d'un monde qui
" choisit " ses immigrés et les
bateaux à double fond qui veulent partir
et dont ce serait l'unique voyage?
Hou hou ! paraît qu'on est arrivés.
" Merci et bon voyage à tous "
nous dit la voix virtuelle
Vie, dis-moi face
à face, le plus beau voyage, ne l'avons-nous
pas fait dans le ventre de nos mères ?
Alain Pizerra